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Quelle réalité et pour qui ? | 13 avril 2007

Il est parfois difficile de cerner, de comprendre ou d'accepter quelqu'un pour sa façon de voir. Les relations humaines sont un tissus de facteurs personnels et extérieurs très complexes qui peuvent nous laisser perplexe. Notre propre vision des choses est formatée, entre autre, par notre vécu, notre éducation, le caractère des gens que nous avons côtoyés et notre personnalité propre.
Par exemple, si l'on observe un tableau de maître et que celui-ci ne nous plait pas, on a du mal, et cela est naturel, à concevoir que quelqu'un d'autre soit en admiration. Notre vision est conditionnée par notre sensibilité.
La beauté est une chose parfaitement abstraite. Si l'on veut être juste, on peut aller jusqu'à dire que rien dans la nature n'est beau.
On qualifie quelque chose de beau selon nos propres critères et notre propre sensibilité. On est dans le joli pléonasme de la vision subjective.
Quel plaisir avons-nous à discuter musique avec quelqu'un qui ne partage pas nos gouts ? Moi-même, je me sens perdre mon temps à échanger avec quelqu'un qui est fan de R'n'B alors que je déteste le R'n'B !
On a donc besoin de fréquenter des gens chez qui nous allons nous retrouver.
Dans notre société, on a la fâcheuse habitude de 'rejeter' la sensibilité de quelqu'un qui ne nous ressemble pas. On va simplement 'tolérer' qu'il n'ait pas les mêmes goûts. On est dans un processus d'acceptation de la différence. Mais le périmètre de ce processus est souvent petit. Voilà qui est donc à l'origine de dissensions.
Chaque individu intègre cette 'tolérance' de façon différente. Du seuil le plus bas, "la différence m'insupporte, je n'accepte pas, je rejette", au plus haut "je préfère les gens différents, ils m'enrichissent".

Alors, entre la 'tolérance fermée" ("j'accepte mais je ne discute pas !") et "l'intolérance ouverte" ("je ne supporte pas mais je comprends qu'on ne soit pas comme moi"), les comportements sont multiples.

La normalité inclut ces limites à notre seuil de tolérance. Cela signifie qu'il peut être normal de "ne pas accepter" à l'intérieur d'un périmètre qui flirtera avec la névrose mais pour lequel on n'entre pas encore dans la pathologie grave.
Dans cette réflexion, il y a certaines personnes qui m'intéressent. Celles qui ne se suffisent pas de la réalité, la trouvant trop banale. Où une soirée "cocooning" est vite insupportable tellement on a l'impression de perdre son temps. Et pour en revenir à mon introduction, celles qui n'acceptent de s'entourer que de gens pseudo-brillants qui donnent l'impression de sublimer la réalité.

La vie doit donc être une mission. Tout est challenge, défi, extrême. Une simple relation avec quelqu'un ne peut pas être simple parce qu'on est convaincu que, de par notre complexité intrinsèque, une relation est forcément ultra-complexe. Et relativiser n'est pas compatible avec notre personnalité parce que cela reviendrait à accepter la banalité. Alors on se refuse à voir la réalité telle qu'elle est. On se sent investi d'une mission. De tout vivre intensément. On s'organise, on ne laisse jamais son planning avec des temps morts. On sort, on s'ouvre à l'art, aux activités sportives intenses. On est très exigent quant à notre carrière, quant à nos fréquentations. Ce comportement n'a rien de névrotique, entendons-nous bien ! Mais il ne s'agit pas de transformer notre vie jusqu'à rendre excessive notre propre vision des choses.

Être exigeant quant à ses fréquentations est normal. En revanche, accepter de ne sortir qu'avec des gens correspondant à nos critères de salaire, de niveau d'études ou social seulement parce qu'il n'est pas pensable de fréquenter des gens d'une condition plus modeste relève d'un problème de l'image que l'on a de soi. Un complexe de supériorité.

Sympathiser trop rapidement avec ses voisins et les assimiler comme amis n'est pas non plus une marque d'attachement aux vraies valeurs de l'amitié. Mais là, c'est un autre sujet.

Mais allons plus loin. .. Une image de soi surévaluée peut nous amener à exiger de nos fréquentations qu'elles respectent des critères excessifs. Et je ne parle d'excès vis-à-vis de soi mais excessif pour notre nature même. A savoir ne pas confondre niveau social et valeurs. Je ne souhaite pas que cette analyse fasse des amalgames que je ne fais pas moi-même. Un homme qui peut sembler très éduqué dans un certain contexte peut parfaitement être odieux dans un autre.
Alors, justement, être trop exigeant, c'est être trop en attente des autres, c'est être sur un chemin de déception parce que, fatalement, notre vision arrivera à être en décalage avec celle des autres.
L'important est de trouver le juste équilibre entre ce que l'on a besoin pour se sentir bien et ce que les autres sont en mesure de nous apporter. On ne peut pas réclamer des autres qu'ils soient tel que notre idéal l'impose. Si nos exigences sont trop importantes, il faudra fatalement les adapter au plus juste de la réalité.

Maintenant, quelque soit notre capacité à accepter que l'on ait tord, il peut être nécessaire d'ajuster notre vision de la réalité parce que celle-ci n'est pas celle que l'on se l'imagine.

Quelqu'un d'exigeant est souvent 'conscient' de sa capacité à juger et se sent lucide en comparaison de quelqu'un qui n'y réfléchit pas. De cette conscience peut naitre une image de soi trop élevée. C'est ce que l'on appelle l'orgueil qui va souvent de paire avec l'égocentrisme. Plus on est conscient de notre capacité d'analyse moins on admet que notre vision est décalée. C'est ce que j'appelle le 'Syndrome du Psychologue'. Ce qui ne l'empêche pas d'en avoir conscience. C'est bien pourquoi de nombreux psychologues suivent, eux-mêmes, des psychothérapies. Simplement parce qu'on ne peut pas être 'objectif' quant à la vision de notre propre vie et on l'est d'autant moins qu'on a des soucis.

On peut tomber dans la pathologie qui, à mon sens, est loin d'être bénigne, dès lors que l'on est 'persuadé' que l'autre ou les autres fonctionnent tel que l'on croit qu'il fonctionne. Typiquement dans un rapport conflictuel de couple.

Il s'agit de déterminer la façon avec laquelle on vie une situation.

Une même situation peut être vécue de façon 'normale' ou bien 'pathologique'.
Si le comportement de quelqu'un de proche ne vous convient pas, il est peut-être intéressant d'analyser la façon dont nous considérons les faits. A savoir, le vivons-nous mal parce que la réponse n'est pas celle que nous nous étions faite ? Ou bien parce que la réponse est réellement mal adaptée ?
Ceux qui nous entourent n'ont pas forcément le comportement que nous attendons parce que notre imaginaire anticipe des réactions idéales qui répondent, soi-disant, correctement à nos besoins. Or la vision que nous nous faisons d'une même réalité est différente d'un individu à l'autre. Aussi, si nous sommes attaché à certaines valeurs ou à un certain bon sens, nous sommes exposés à la différence de vision des autres. Cela revient à dire que si nous attendons un comportement précis de la part de quelqu'un dont on est pas sur qu'il partage parfaitement notre propre vision ne peut que nous amener à être déçu !

Il est donc important, dans ce que l'on attend des autres, de comprendre qu'ils ne suivent pas les même processus cognitifs que nous.

Cela peut aussi s'appliquer pour des personnes en qui on a confiance sur le partage de nos valeurs, dont on se croit sûr qu'ils fonctionnent de la même façon que nous.
Dans la vie, nous avons des certitudes qui peuvent être ébranlées par la simple idée que nous avons raison. Le 'Syndrome du Psychologue' peut apparaître. Nous sommes persuadé que c'est la meilleur façon de penser parce que nous sommes "trop" sûr de notre capacité à être lucide et de bon sens. Cependant, dans un contexte où nous sommes impliqué, notre objectivité en est forcément altérée.

Être subjectif n'est pas foncièrement grave mais il faut savoir prendre du recul et être capable d'en accepter nos torts ou bien que, trop impliqué, nous acceptions être dans ce phénomène de 'parti-pris' !

Quelque soit notre conviction personnelle, elle peut parfaitement être fausse. Parce que, inconsciemment, notre imaginaire à simplement inventé la façon de penser des autres. Vivre mal une situation est souvent le fruit d'une réaction qui ne nous convient pas. Il ne s'agit pas ici de dire que les 'autres' ont le bon rôle. Beaucoup de gens n'ont pas un comportement 'adéquat' à une situation. Par manque de maturité, par contradiction volontaire, par contradiction inconsciente ou encore par faille. En fait les raisons sont pléthores.

Nous sommes, pour beaucoup, enclins à protéger l'image que nous avons de nous.

Dès lors que quelqu'un s'oppose à nous, on a le réflexe de se défendre.

Plus on veut se défendre et plus il est difficile d'admettre ses torts.

Qui n'a jamais tenu tête à quelqu'un sachant pertinemment qu'il avait raison ? Dites-vous bien que l'on ne s'en rend pas forcément compte ! Dans ces moments là, il se passe un phénomène d'auto-persuasion de notre raison pour une cause simple : on refuse catégoriquement de donner raison à l'autre. Pourquoi ? Parce que nous sommes persuadés que c'est notre force. Donner raison reviendrait à dire que l'on s'incline et que l'on accepte de céder le pouvoir.
On n'aime pas être blessé dans notre "amour propre" quand il s'agit de nous montrer que l'on a tort. Autrement dit, face à une situation où on est mis en défaut, il est difficile d'accepter l' image que l'on nous renvoie.

c'est donc un problème d'amour de soi.

Au-delà de ça, pour certaines personnes, une jalousie excessive les amènera à interpréter un geste, un regard de façon surréaliste au point qu'ils souffriront eux-mêmes de leur propre vision.
La jalousie est un très bon exemple de sentiment puisque nous l'avons tous ressentis au moins une fois et que l'on peut plus facilement imaginer tomber dans l'excès. Ces phénomènes mettent à l'épreuve notre capacité à "faire confiance". Dans une relation de couple, la confiance est une des clés de la solidité de la relation.

Une femme qui aime un homme, mais qui n'a pas confiance par présomption de la nature humaine ne trouvera jamais la sérénité. Et un geste, un regard, un mot pourra plus facilement être sujet à interprétation, même s'il n'y a pas lieu d'interpréter. Par peur d'être abandonnée, elle imaginera le pire. Elle imaginera... De cette 'imagination' résultera une auto-défense et si la meilleure défense est l'attaque, alors elle attaque et adopte un comportement agressif. Parce que sans le savoir, l'homme a fait preuve d'agression inconsciente.

La vision que l'on peut avoir d'une situation est conditionnée par l'état dans lequel nous sommes. Typiquement, ce que l'on accepte d'une tierce personne dépend de notre implication émotionnelle avec elle. Un comportement, un mot, un geste, un regard peut être sujet à 'réaction' ou non. Dans le cas où l'on s'implique, notre seuil de tolérance se restreint parce que l'on se sent plus vulnérable et notre perception s'adapte en fonction de notre réceptivité émotionnelle.

Non seulement notre perception, nos raisonnements et le comportement induit ne sont pas les mêmes d'un individu à l'autre mais ils changent pour un même individu en fonction de son état émotionnel, des éléments extérieurs ou encore de la période de sa vie.

 


Publié par Walter Norris à 09:13:13 dans Le Moi | Commentaires (2) |

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